dimanche 21 mars 2010
Parlons peu, parlons buzz. Depuis janvier 2008, le phénomène F.M.L. (Fuck My Life, dans la V.O.) et V.D.M. (Vie De Merde, pour la V.F.) est entré dans les moeurs. Il n’est pas un jour sans que sur Facebook, Twitter, ou dans les conversation que l’on s’escrime à cultiver dans nos salons, le sigle tombe comme un couperet à la fin d’une bonne anecdote: “VDM”. Et l’interlocuteur de se marrer un bon coup. “Grave!”
Une blague A.O.C.

Une tranche de vie où l’on joue de malchance doit être homologuée, certifiée “VDM” pour gagner en drôlerie. Le must: quand celui qui raconte ajoute, imperturbable, quelques secondes après son anecdote “...VDM”. “Ce matin, je me suis cogné le petit orteil contre ma table de nuit. VDM.” La bonne nouvelle, c’est qu’à force, on va réussir à mettre Gad Elmaleh au  chômage. Le “Mais c’est tellement ça!” sera à la portée de tout le monde. En fait, ça a déjà lieu.  Son créneau est tellement épuisé dans Papa est en Haut qu’il est contraint de bramer un mot avec l’accent maghrébin toutes les cinq minutes pour se remettre le public dans la poche. VDM.
Classicisme humoristique

Au delà de l’anecdote, le phénomène apparaît comme une initiative originale, à classer du coté des Anciens. Il remet à l’honneur l’exercice de style sous contrainte formelle. Aucun doute là dessus, la plupart sont inventées (et vraisemblables plutôt que vraies). Mais peu importe: chaque anecdote commence par “Aujourd’hui” et se termine par “VDM”. Comme le sonnet en son temps, la VDM, de son vers liminaire à son concetto, contribue sans détour à son effet: le rire. Un véritable petit joyau, consciencieusement ciselé, à l’orthographe toujours irréprochable. 
Same old, same old:  l’Homme chu

De l’humour vidéo gag aux avanies gynécologiques, en passant par les petits ridicules du quotidien et les coups du destin, nous entrons dans la vie de notre voisin par la petite porte, celle de la menue médiocrité qui fonde la vraie égalité entre les hommes. Existe-t-il un salopard qui n’ait jamais eu sa VDM, et qui se plaise aux malheurs des autres? Il serait Dieu, mais sans la Sainte Miséricorde. En effet, cette poussée dans l’intimité crue de nos contemporains nous en révèle la mesquinerie, certes, mais aussi la rassurante fragilité. Pascal aurait aimé voir dans le succès de V.D.M. la trace lancinante, quotidienne, l’écho sans cesse renouvelé du Péché Originel. 

L’Enigme

Une interrogation cependant. Le public peut juger les VDM selon une alternative que nous donnons, par snobisme, dans sa version originale. Après une VDM, donc, un choix: “I agree” ou bien “You deserved it”. Les plus imméritées des VDM n’arrivent pas à arracher un score - légitime -  de zéro “You deserved it”. Pensons à la VDM d’Hippolyte, chez Racine: “Aujourd’hui, ma belle-mère m’a appris qu’elle voulait sortir avec moi. VDM.” ou à celle de Meursault, chez Camus: “Aujourd’hui maman est morte. VDM.”. Et bien regardez, il y aura toujours un rapport de 1 à 10 entre les “You deserved it” et les “I agree”. Etonnant, non? 
Cassagnac

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